Le cinéma de Thibault

Le cinéma de Thibault

Dans la maison, le 10 octobre 2012 au cinéma ****

 

Dans la maison, le 10 octobre 2012 au cinéma ****

Dans la maison de François Ozon

Synopsis


Un garçon de 16 ans s'immisce dans la maison d'un élève de sa classe, et en fait le récit dans ses rédactions à son professeur de français. Ce dernier, face à cet élève doué et différent, reprend goût à l'enseignement, mais cette intrusion va déclencher une série d'événements incontrôlables.

L'Avis de Thibault

Récompensé d'un Coquillage d'Or au dernier Festival de San Sebastian et du Prix Fipresci au Festival International du Film de Toronto, Dans la maison signe le retour en grande pompe de François Ozon. Deux ans après Potiche, une comédie féministe et colorée dans laquelle il s'amusait à transformer Catherine Deneuve en femme au foyer reprenant la culotte (et l'entreprise) de son mari despotique, le réalisateur convoque à nouveau Fabrice Luchini pour un film complètement différent. Dans la maison, adapté de la pièce Le garçon du dernier rang du dramaturge espagnol Juan Mayorga, est le 14ème film de François Ozon.

Germain est un professeur de français dans un lycée, qui découvre le talent inné d'un de ses élèves pour écrire, après avoir demandé à sa classe une rédaction. En se lançant dans un feuilleton décrivant la vie de famille d'un de ses camarades, Claude Garcia attire l'attention de son maître désabusé après des années d'enseignement. Désireux de connaître la suite de cette rédaction, achevée par un « à suivre... », dans laquelle il croque son camarade et sa famille de manière très sarcastique, Germain décide de l'encourager dans l'écriture et de le pousser à poursuivre la description crue et ironique de la maison et de ses habitants. Claude s'infiltre au sein du foyer en donnant alors des cours de mathématiques. Une histoire que lit également au fil des jours la femme de Germain. Comme happés par le processus créatif qu'ils ont initié, le maître et l'élève déclenchent bien vite ensemble une série d'événements qui pourraient bien mal tourner.

François Ozon tente une approche purement visuelle d'un cinéma très littéraire.  Le film joue avec les genres, passant de la séduction en mode roman-photo à du pur thriller bien sombre. Nombreux sont les thèmes abordés : les mystères de la création artistique ou littéraire, la paternité assumée et celle qu'on regrette de n'avoir pas connue, la pédagogie, la condition féminine, le voyeurisme de plus en plus prégnant dans notre société. Les trois personnages principaux sont ambivalents : Claude dans son jeu de qui-manipule-qui, Germain dans son clivage entre les obligations morales d'un prof un peu coincé et la fascination pour l'aventure créatrice qu'il vit enfin, et même Jeanne qui fait très vite part de sa désapprobation mais qui est la première voyeuse de l'histoire.

François Ozon explore les coulisses d'une création artistique qui s'appuie sur une démarche transgressive et voyeuriste. Oubliant les principes moraux de base, le professeur pousse son élève à s'approcher au plus près de ses personnages au nom de la littérature. Comment distinguer alors le vrai du faux ? Et comment dompter l'audace perverse de Claude ou simplement son imagination ? Avec ce film, le réalisateur convoque Clouzot pour illustrer la cruauté lucide ainsi qu'Alfred Hitchcock pour la perversion humaine. A l'image du très démonstratif mais formidable plan de fin dans lequel une façade d'immeuble compose tout à coup une mosaïque de récits possibles devant les yeux ébahis du maître et de l'élève.

Pour suggérer l'effet de masse et d'uniformité (au sens premier du terme, puisque la rentrée est placée sous le signe de l'introduction de l'uniforme), Ozon filme l'arrivée des élèves devant le lycée puis leur entrée dans l'établissement en accéléré rythmé par la musique de Philippe Rombi, les transformant en fourmis empruntant un chemin prédéterminé, puis il les présente, toujours en accéléré sous la forme d'un gigantesque trombinoscope. Quelle grande idée. François Ozon joue avec la mise en en scène afin de développer une étrange relation avec le spectateur qui va rapidement quitter sa position confortable pour être propulsé à la fois dans le rôle de voyeur, de témoin de la vérité, mais également de marionnette placée dans ce labyrinthe de réalités.

Le réalisateur manie en permanence le motif du double (les « Rapha » père et fils, Germain Germain, les jumelles propriétaires de la galerie d'art, la projection de Germain sur Claude et de Claude sur Germain...) toujours pour provoquer une sorte de malaise chez le spectateur qui va se retrouver tiraillé entre le thriller sexué et malsain, et une forme de comédie acide toujours efficace.

Obsédé par la notion de « normalité », le jeune homme se met en tête d'explorer les dessous de la famille d'un camarade de classe pour en tirer la matière et l'inspiration de son récit, laisse vite transparaitre dans son regard le manipulateur malsain qui vit au fond de lui. Ce récit, qui s'inspire des évènements observés mais aussi de la volonté et des propres désirs de son rédacteur, finit par mêler réalité et fiction dans un méli-mélo qu'à la fois le professeur et le spectateur ne sont plus certain de démêler. La façon qu'a Ozon de filmer les sourires de Claude, ou son intonation quand il appelle Germain "maestro", montre que le jeune écrivain accepte progressivement de se faire manœuvrer à son tour par son professeur, oubliant son projet de destruction initial pour se laisser hypnotiser par cette Mrs Robinson abonnée au Journal de la Maison.

On est averti c'est du Ozon, donc même dans cette satyre sociale, il ne peut s'empêcher d'être fantasque et d'exprimer certains fantasmes qui accompagnent son œuvre (homosexualité, relation familiales, ambiguités sur les statuts sociaux)

L'interprétation est taillée au millimètre. Fabrice Luchini a un rôle fait pour lui. Il est convaincant dans ce personnage de professeur qui retrouve le gout d'enseigner. Il n'en fait pas des tonnes comme on pourrait le craindre. Il joue juste lorsqu'il est cadré par un directeur d'acteurs. Ernst Umhauer est la vraie révélation du film. Excellent dans le rôle de l'adolescent manipulateur à la gueule d'ange, il donne au personnage de Claude toute l'ambiguïté nécessaire. Il parvient même à tenir tête à son partenaire. Le jeune acteur part favori pour le César du meilleur espoir masculin 2013. François Ozon semble aussi apprécier les actrices anglaises. Après avoir collaboré avec Charlotte Rampling, c'est à Kristin Scott Thomas qu'il a offert un rôle.  Pour l'occasion, il lui a demandé de conserver son accent anglais, alors que la comédienne sait parfaitement parler français. Elle y est épatante. Emmanuelle Seigner est vraiment émouvante dans ce rôle d'épouse qui s'ennuie.

Dans la maison établit une relation d'une perversité extrême entre ses personnages mais également au-delà de l'écran, à travers l'implication astucieuse du spectateur. Déroutant, étrange, intense, ce film est un des meilleurs de François Ozon. Une bonne fin c'est une fin qu'on attend pas mais où on se dit que ça ne pouvait pas finir autrement.

Fiche Technique

Genre : Thriller

Nationalité : Française

Réalisation : François Ozon

Interprètes : Fabrice Luchini, Ernst Umhauer, Kristin Scott Thomas, Emmanuelle Seigner, Denis Ménochet, Bastien Ughetto, Jean-François Balmer, Yolande Moreau, Catherine Davenier, Vincent Schmitt, Jacques Bosc, Stéphanie Campion, Diana Stewart, Jana Bittnerova, Fanny Piot et Ronny Pong

Durée : 105 minutes

Année de production : 2012

Attachés de presse : André-Paul Ricci, Tony Arnoux et Rachel Bouillon

Date de sortie : 10 octobre 2012

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12/10/2012
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