Le cinéma de Thibault

Le cinéma de Thibault

Bullhead, le 22 février 2012 au cinéma ****

Bullhead, le 22 février 2012 au cinéma ****

Bullhead de Michael R. Roskam

Synopsis


Jacky est issu d'une importante famille d'agriculteurs et d'engraisseurs du sud du Limbourg. A 33 ans, il apparaît comme un être renfermé et imprévisible, parfois violent… Grâce à sa collaboration avec un vétérinaire corrompu, Jacky s’est forgé une belle place dans le milieu de la mafia des hormones. Alors qu’il est en passe de conclure un marché exclusif avec le plus puissant des trafiquants d'hormones de Flandre occidentale, un agent fédéral est assassiné. C’est le branle-bas de combat parmi les policiers. Les choses se compliquent pour Jacky et tandis que l’étau se resserre autour de lui, tout son passé, et ses lourds secrets, ressurgissent…

L'Avis de Thibault

Sélectionné pour concourir dans la catégorie du Meilleur Film Etranger lors de la cérémonie des Oscars 2012, Bullhead est le premier long-métrage d'un réalisateur et scénariste flamand incroyablement doué, le dénommé Michaël R. Roskam.

Jackie, éleveur musculeux et taiseux, se trouve au centre d'un gros marché de produits interdits destinés à engraisser plus rapidement les boeufs de la région. Un policier, enquêtant sur ce trafic, est froidement abattu par cette mafia locale, amenant la police à s'intéresser aux allers et venues de notre héros et des personnes en contact avec lui. Cette soudaine agitation fera resurgir de vieux fantômes dans la tête de Jackie, victime dans l'enfance d'un drame terrible.

Ce premier long-métrage de Michaël Roskam nourrit une double ambition. D’un côté, il réussit un thriller haletant qui dénonce une dérive agro-alimentaire sordide qui a défrayé la chronique ces dernières années en Belgique. De l’autre, il montre la tragédie d’un homme blessé, fruste, enfermé dans sa solitude et son mal de vivre qui s’injecte les mêmes hormones qu’à son bétail. Un homme détruit, en pleine souffrance, au regard de bœuf et qui traîne derrière lui un lourd secret. Nous sommes face à un metteur en scène qui maîtrise son objet pour donner du sens, sens de la métaphore et de la narration. Le réalisateur tire son épingle du jeu grâce à la mise en scène de la psychologie de son personnage principal. Sous une résonance mafieuse, le climat est installé et donne au spectateur une sensation de vertige dans l’inconnu, on ne comprend pas tout de suite, qui est qui et qui fait quoi ?

Le scénario est charpenté autour d’une intrigue allant droit au but sans jamais nous surprendre réellement mais nous plongeant dans un microcosme mafieux littéralement bestial méritant d’être découvert. Il ne laisse de côté aucun personnage. C'est rempli d'un symbolisme très fort et la nature du drame qui se joue est bouleversante. Un grand film noir, très glauque, qui suscite le malaise en permanence, mais ménage des séquences d'humour pas toujours noir. Les scènes burlesques sont inattendues. L'histoire avance inexorablement, toujours plus noire, toujours plus oppressante, sans que l'on puisse jamais imaginer la direction qu'elle va prendre, la complexité des personnages ne le permettant jamais. Ce film atteint une certaine hégémonie pour ce qui est d'installer une atmosphère anxiogène, quasi asphyxiante, pour dresser le tableau sombre du milieu rural flamand mais aussi wallon.

Dans le rôle de Jacky Vanmarsenille l’éleveur de vaches toxicomane, ultraviolent et psychologiquement au bord du gouffre, Matthias Schoenaerts est tout bonnement stupéfiant. Sa tête, mélange entre De Niro de Raging Bull et Franck Ribéry et son corps, hypertrophié, lui confèrent une présence écrasante. Il est tout simplement sidérant de présence, de violence contenue et de fragilité. Il livre une prestation d'une intensité inhumaine, semblable à un ciel d'orage né du contraste entre sa brutalité animale et son désir impossible de retrouver de la douceur. Sa performance n'a rien à envier à celle de Thomas Hardy dans le Bronson de W.Refn. Il porte le film sur ses larges épaules. La révélation va marquer les années à venir. On le retrouvera en effet dans De rouille et d’os, le prochain Jacques Audiard.

Venant de Belgique, cette terrible histoire de trafic de testostérone, hormones et autres vitamines est bien plus qu'un polar glacial, c'est une descente aux enfers aux accents de tragédie grecque. Comme un électrochoc visuel, Bullhead assène en une seule frappe l’émergence d’un cinéaste. Michaël R. Roskam est un nom à retenir. Le cinéaste belge se place comme le nouveau Nicolas Winding Refn, son opposé comme son successeur. Pour un premier essai, on a rarement vu une mise en scène aussi solide, forte, mature, en bref virtuose.

Fiche Technique

Genre : Drame, Policier

Nationalité : Belge

Réalisation : Michael R. Roskam

Interprètes : Matthias Schoenaerts, Jeroen Perceval, Jeanne Dandoy, Barbara Sarafian, Tibo Vandenborre, Frank Lammers, Sam Louwyck, Robin Valvekens, Baudoin Wolwertz, Erico Salamone, Phillipe Grand'Henri, Kris Cuppens, Sofie Sente, Kristof Renson, Jean-Marie Lesuisse, Hein van der Heijden, Marie-Rose Roland, Juda Joslinga, David Murgia, Renaud Rutten, Stefaan Degand, Mike Reus, Jolente De Keersmaeker, Circe Lethem et Ludmilla Klejnak

Durée : 129 minutes

Année de production : 2011

Interdit aux moins de 12 ans

Titre original : Rundskop

Attachés de presse : Michel Burstein et Isabelle Couvreur

Date de sortie : 22 février 2012

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BULLHEAD : BANDE-ANNONCE Full HD (RUNDSKOP)


26/02/2012
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