Le cinéma de Thibault

Le cinéma de Thibault

Des hommes et des dieux, le 23 février 2011 en DVD ****

Des hommes et des dieux, le 8 septembre au cinéma ****  

 

Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois

Synopsis


Un monastère perché dans les montagnes du Maghreb, dans les années 1990. Huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Quand une équipe de travailleurs étrangers est massacrée par un groupe islamiste, la terreur s'installe dans la région. L'armée propose une protection aux moines, mais ceux-ci refusent. Doivent-ils partir ? Malgré les menaces grandissantes qui les entourent, la décision des moines de rester coûte que coûte, se concrétise jour après jour...

Ce film s'inspire librement de la vie des Moines Cisterciens de Tibhirine en Algérie de 1993 jusqu'à leur enlèvement en 1996.

L'Avis de Thibault

Le deuxième film de Xavier Beauvois s'appelait N'oublie pas que tu vas mourir. Un titre qui aurait bien convenu à Des hommes et des dieux, Grand prix du dernier festival de Cannes et qui peut postuler au rang de meilleur film français de l'année.

Le film est inspiré de l'histoire des moines de Thibirine, en Algérie, moines cisterciens qui vivaient paisiblement à proximité d'un village, et qui furent enlevés et exécutés en 1996. Le film nous narre la vie de ces serviteurs de Dieu, quelques mois avant le drame. Des hommes et des dieux n'est pas un film religieux au sens strict du terme, il a à voir avec le spirituel, mais surtout avec la part d'humanité, de lâcheté ou de courage qui est en chacun de nous.

Tout l'enjeu pour ces huit moines semble tenir en cette interrogation : vaut-il mieux partir ou devenir martyr ? La réponse n'est pas simple, d'autant que la question peut se poser autrement. C'est tout l'enjeu dialectique de ces discussions qui réunissent ces hommes à plusieurs reprises et qui reviennent comme un leitmotiv lancinant. Les moines doutent, prennent peur devant la violence qui monte autour d'eux, écartelés entre leurs devoirs de religieux et leurs faiblesses psychologiques semblables à celles de Monsieur-tout-le-monde. La vie des moines de Tibhirine ne se limitait pas qu'entre les quatre murs de leur monastère. Bien que fervents chrétiens catholiques, ils étaient acceptés par la population musulmane et vivaient en parfaite harmonie en participant aux fêtes locales. Les liens tissés avec eux les ont décidés de rester en Algérie, plutôt que de céder aux injonctions des terroristes leur demandant de quitter le pays. Le cheminement intellectuel qui poussera ces moines, d'abord divisés sur la question, à finalement rester et à accepter leur destin est la définition même du sacrifice et de l'amour.

Des hommes et des dieux pourrait être un film politique, étant donné le caractère historique des événements qu'il évoque. Mais le parti-pris de Xavier Beauvois est à l'opposé du politique puisqu'il cherche au contraire à toucher à l'universel, au spirituel, à ce fil rouge qui relie tous les humains. La mise en scène épurée met en valeur la foi des personnages sans tomber dans le moindre prosélytisme. La réalisation est très soignée avec des plans se rapprochant au plus près du quotidien de ces moines : ils soignent, débattent et apportent leur aide à quiconque en a besoin sans rien demander en retour. La scène où le frère Luc pénètre dans la salle à manger, bouteille de vin et cassette à la main est bouleversante. Les moines partagent le dernier repas ensemble. La cassette se met en route et d'un coup, La Mort du Cygne résonne. Suivent alors des plans magnifiques, fixés sur les regards, les sourires, puis les larmes, la peur... et la résignation. Cette scène est un instant de grâce, à la fois doux et tellement sombre : le point d'orgue de ce film. La magie de Tchaïkovski s'allie à la maestria de Xavier Beauvois.

Des Hommes et des Dieux nous emmène sur ce chemin trop peu emprunté par les êtres humains, celle de l'écoute, du dialogue, de la compréhension, et de l'amour de l'autre. C'est un film lent, où le silence est omniprésent mais partie prenante des dialogues. Ce film est un véritable joyau , où la technique est tout à fait en osmose avec le sujet : austérité des décors , de la lumière et des couleurs , dramaturgie extrême des situations... La référence à Caravage est explicite.

Ce serait péché que de sortir du lot une interprétation plutôt qu'une autre, mais comment ne pas louer le jeu de Lambert Wilson si intense. Son caractère mystique trouve ici sa pleine mesure dans un rôle qui lui donne une toute nouvelle épaisseur. 24 ans après avoir tenu le rôle de l'abbé bénédictin du Nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud, Michael Lonsdale reprend sa tunique de moine dévot. Magnétique et magnifique. Il est comme toujours parfait. Jacques Herlin, le plus âgé du groupe, est très touchant. Olivier Rabourdin, Philippe Laudenbach, Xavier Maly, Loïc Pichon, Jean-Marie Frin sont eux aussi très émouvants.

Xavier Beauvois signe une tragédie moderne avec un message universel de paix. Les miracles sont rares, or ce film est une bénédiction. Le réalisateur tutoie littéralement la grâce. Un mystère cependant plane... Fallait-il que le jury de Cannes soit aveugle pour ne pas décerner une palme d'or à ce film ?

Fiche Technique

Genre : Drame

Nationalité : Française

Réalisation : Xavier Beauvois

Interprètes : Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Olivier Rabourdin, Philippe Laudenbach, Jacques Herlin, Loïc Pichon, Xavier Maly, Jean-Marie Frin, Abdelhafid Metalsi, Sabrina Ouazani, Abdallah Moundy, Olivier Perrier, Farid Larbi et Adel Bencherif

Durée : 120 minutes

Année de production : 2010

Attachée de presse : Agnès Chabot

Date de sortie : 8 septembre 2010

 

 



09/09/2010
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