Le cinéma de Thibault

Le cinéma de Thibault

De bon matin, le 8 février 2012 en DVD ***

De bon matin, le 5 octobre 2011 au cinéma ***

De bon matin de Jean-Marc Moutout

Synopsis


Lundi matin, Paul Wertret se rend à son travail, à la banque où il est chargé d'affaires. Il arrive, comme à son habitude, à huit heures précises, sort un revolver et abat deux de ses supérieurs. Puis il s'enferme dans son bureau. Dans l'attente des forces de l'ordre, cet homme, jusque là sans histoire, revoit des pans de sa vie et les évènements qui l'on conduit à commettre son acte...

L'Avis de Thibault

Après Violence des échanges en milieu tempéré, Jean-Marc Moutout s'intéresse de nouveau à l'entreprise et à son influence sur l'être humain avec De bon matin d'après un fait divers réel.

Le film commence par l'application de la seule solution qui restait à Paul : retourner vers l'entreprise la violence qu'elle a développée. Paul se perçoit d'abord comme une victime d'un système qui l'a modelé et formaté, annihilant ses facultés de réflexion et d'analyse par le manque de recul et un investissement total, le transformant en prisonnier de sa propre existence. La privation de liberté et la sensation d'enfermement qui en découle deviennent par conséquent les terreaux d'une décompensation inéluctable, prémisses aux actes les plus radicaux.

Tous les signes avant-coureurs de son geste fatal sont là, aux yeux de tout son entourage, et personne ne voit rien. Paul se délite sous nos yeux. Effaré, il découvre la lâcheté suicidaire de ses collègues quand il les invite à résister. Partout où il cherche secours, il ne trouve qu'incompréhension, irritation et dérobade. C'est une longue descente aux enfers pour ce cadre et qui finit aussi par abîmer ses relations familiales. Son fils le dédaigne. Paul s'effondre sur lui-même. Et il ne peut fuir vers une autre aventure car l'entreprise a pris toute sa vie. Elle est sa vie. Pourtant, son geste fou n'est pas un geste impulsif, c'est un geste parfaitement réfléchi, ce qui le rend encore plus insoutenable !

Sobre et sec, tournant le dos au pathos, à l'image des locaux gris et déshumanisés de la banque, De bon matin développe une narration qui fait la part belle aux flashbacks. L'enjeu du film consiste à retracer le parcours d'un homme en tentant de cerner les mécanismes implacables qui l'ont conduit à l'irrémédiable. Ce qui intéressait le réalisateur était à la fois les meurtres mais aussi l'histoire de cet homme qui fait le bilan de sa vie. La descente aux enfers est parfaitement orchestrée par le montage et l'absence de musique rendant le tout encore plus froid.

La réalisation est ultra-sobre, à la limite de le l'austère et tout en finesse. Les faits nous sont juste présentés de façon mécanique, voir chirurgicale. Le cinéaste ne parvient pas toujours à rendre palpables les manœuvres qui se jouent en coulisses en vue de l'éviction de Paul. D'ailleurs, la jeune collègue licenciée sur-le-champ ne présente pas les mêmes réactions : à la place du désir de vengeance, elle choisit l'oubli.

Les méthodes de management qui lui sont appliquées (mobilités forcée, changement de poste du jour au lendemain, dossiers qu'on vous retire brusquement sans raison, audit qui vous reproche aujourd'hui ce qu'on mettait à votre crédit hier,...) rappelle celle d'une certaine entreprise de téléphonie bien connue.

La prestation de Jean-Pierre Darroussin est assez glaçante. Dans son rôle de conseiller financier qui le sort un peu de son registre habituel, il excelle. L'acteur est au sommet de son art. Après le succès de Des hommes et des dieux en 2010, Xavier Beauvois apparaît, en tant qu'acteur. Avant de le voir en Louis XVI pour Benoit Jacquot, il campe Alain Fisher, le supérieur de Paul. Sa prestation est correcte malgré des fausses notes dans sa diction. Laurent Delbecque, qui interprétait Simon Werner dans Simon Werner a disparu, est très convaincant. Le personnage de Valérie Dréville est complètement sacrifiée.

Un film qui raconte avec élégance les conséquences des dérives et abus du système. De bon matin prend aux tripes et nous met mal à l'aise. Un film dérangeant, glaçant, pessimiste et sans concession.

Fiche Technique

Genre : Drame

Nationalité : Française et Belge

Réalisation : Jean-Marc Moutout

Interprètes : Jean-Pierre Darroussin, Valérie Dréville, Xavier Beauvois, Yannick Renier, Laurent Delbecque, Aladin Reibel, François Chattot, Nelly Antignac, Pierre Aussedat, Ralph Amoussou, Frédéric Leidgens, Richard Sammut, Marion Denys, Jean-François Pages et la voix de Jacques Bonnaffé

Durée : 91 minutes

Année de production : 2010

Attachée de presse : Marie-Christine Damiens

Date de sortie : 5 octobre 2011

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08/10/2011
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