Le cinéma de Thibault

Le cinéma de Thibault

Les Adieux à la reine, le 21 mars 2012 au cinéma ****

Les Adieux à la reine, le 21 mars 2012 au cinéma ****

Les Adieux à la reine de Benoît Jacquot

Synopsis


En 1789, à l'aube de la Révolution, Versailles continue de vivre dans l'insouciance et la désinvolture, loin du tumulte qui gronde à Paris. Quand la nouvelle de la prise de la Bastille arrive à la Cour, le château se vide, nobles et serviteurs s'enfuient... Mais Sidonie Laborde, jeune lectrice entièrement dévouée à la Reine, ne veut pas croire les bruits qu'elle entend. Protégée par Marie-Antoinette, rien ne peut lui arriver. Elle ignore que ce sont les trois derniers jours qu'elle vit à ses côtés.

L'Avis de Thibault

Marie-Antoinette est de loin la reine de France, la plus mise en scène au cinéma. De Norma Shearer à Kirsten Dunst, en passant par Michèle Morgan et Jane Seymour. Fascinant personnage, dont la personnalité semble décalée dans sa propre époque et dont la fin tragique en fait une sorte de Rock star sacrifiée sur l'autel de ses propres vanités. Après Au Fond des Bois sorti en 2010 avec Isild le Besco, Benoit Jacquot adapte le roman de Chantal Thomas et choisit délibérément le romanesque en s'affranchissant de toute rigueur historique.

14 juillet 1789, le peuple s'empare de la Bastille. Versailles vit au rythme de sa faune, faite de nobles et de serviteurs qui déambulent dans les labyrinthiques couloirs du château. Cet espace coupé du monde va être quelque peu ébranlé au lendemain du 14 juillet... L'inquiétude et la panique parviennent à saisir la noblesse au cou. Tout bien matériel semble quitter l'environnement, toute fraîcheur et toute beauté semblent dépérir, seul reste les promesses et les prouesses de Sidonie Laborde : quelques lectures, quelques paroles rassurantes, une broderie. Mais cela n'est pas suffisant, Marie-Antoinette a d'autres désirs, qui ne peuvent être comblées que par une seule femme : La duchesse de Polignac.

L'histoire nous est racontée du point de vue de Sidonie. Dès les premiers plans, le réalisateur nous met à la place de cette liseuse qui, en trois jours, va grandir en découvrant toute la violence redoutable de Versailles, la lâcheté, la vanité, derrière les visages poudrées, derrière les masques qui tombent.

Le thème principal c'est celui de la passion, transfigurée par le désir et l'aveuglement, ou le désir d'aveuglement. Un triangle passionnel se forme autour de Marie-Antoinette, avec deux femmes aux natures diamétralement opposées. D'un côté une jeune femme prude et dévouée, fragile et mystérieuse ; de l'autre une femme frivole, sensuelle et égoïste. Les relations troubles entre les trois femmes composées de domination, d'admiration, de manipulation, d'obsession sont absolument passionnantes car elles résument aussi toute la complexité de cet esprit de cour et des sentiments condamnés par l'intérêt et l'image. L'homosexualité de Marie-Antoinette y est abordée avec simplicité, délicatesse et sensibilité, sans jugement de valeur. Le jeu triangulaire sentimental entre ces trois femmes, source d'une sensualité poignante, est une incontestable réussite.

Alors qu'actuellement nous connaissons en temps réel le moindre fait d'actualité sur la surface du globe, l'information circulait bien moins vite en 1789. Il faut plusieurs heures avant de connaître les événements parisiens à Versailles, plusieurs jours pour en prendre la mesure et réagir. L'excellente idée est d'avoir concentré l'action sur trois jours, trois jours au cours desquels Versailles passe de la frivolité à la panique. La caméra frénétique renforce ce sentiment de tension.
C'est aussi la brillante métaphore d'un monde qui se meurt, pourri de l'intérieur, tout comme cet étang apparemment impassible est gangréné par les rats, ou ces tenues dorées sous lesquelles sévissent les moustiques.

Derrière l'étincelante Galerie des Glaces se cachent des couloirs étroits, sombres et humides filmés comme un gouffre obscur et menaçant, tout comme derrière les visages poudrés et les fastes de la cour se dévoile un monde en décomposition. Pour une fois, nous ne voyons pas que les ors et les lambris, mais aussi le cloaque des antichambres et l'obscurité des couloirs où l'on devine qu'une odeur nauséabonde devait régner. La caméra de Benoît Jacquot court dans les couloirs de Versailles, saisissant au passage l'angoisse, la résignation ou l'incrédulité des courtisans. Certaines séquences sont impressionnantes de maîtrise. C'est le cas notamment de ce long plan dans les couloirs grouillant d'une agitation frénétique alors que les rumeurs les plus alarmantes circulent.

Les dialogues sont intenses, parfaitement écrits et au riche vocabulaire, choisit avec précision. L'échange en un seul plan-séquence entre Marie-Antoinette et la duchesse de Polignac est vraiment l'un des exemples de toute la maîtrise du réalisateur. Les splendides costumes de Christian Gasc (Le bossu, Ridicule) sont parfaitement reconstitués et taillés sur mesure. La photographie joue sur le clair obscur. Les éclairages à la bougie contribuent à l'élaboration de tableaux superbes.

Les trois actrices principales jouent leur rôle avec beaucoup de justesse et de finesse. Léa Seydoux garde une certaine fragilité, malgré ses airs durs. Admirable de fraîcheur candide au milieu du naufrage versaillais, elle offre grâce, délicatesse, onirisme, mais aussi force et conviction, à ce qui se révèle être son plus beau rôle. L'interprète du prochain Abdellatif Kechiche y gagne ses galons de grande actrice. Diane Kruger est parfaitement à sa place et il suffit de revoir Pour Elle de Fred Cavayé pour mesurer l'étendue de son talent. Elle est une Marie-Antoinette à la fois douce et cruelle, touchante et détestable, mais toujours d'une sensualité irrésistible. Virginie Ledoyen, incarnation du fantasme, nous campe une salope de haute volée avec une énergie calme et mystérieuse inaltérable. Noémie Lvovsky, proche de son rôle de L'Apollonide, est admirable en Madame Campan protectrice impuissante et jalouse envers Sidonie. Dans sa voix on sent toute la lassitude qu'elle peut avoir, c'est vraiment brillant. Après Michael Lonsdale, Dominique Besnehard, Jean-François Balmer ou encore Jason Schwartzman, c'est au tour de l'acteur Xavier Beauvois d'incarner Louis XVI, l'époux de la célèbre Marie Antoinette. Malheureusement, il est peu convainquant en Louis XVI, sans aucune envergure. Michel Robin est impeccable en archiviste et sa façon de nous faire goûter la langue du XVIIIème est belle.

Peu importe que la réalité historique soit respectée à la lettre, le film pop de Sofia Coppola en était encore plus éloignée. Une ambiance de tragédie policière dans un film à costumes.

Fiche Technique

Genre : Historique

Nationalité : Française et Espagnole

Réalisation : Benoît Jacquot

Interprètes : Léa Seydoux, Diane Kruger, Virginie Ledoyen, Xavier Beauvois, Noémie Lvovsky, Michel Robin, Julie-Marie Parmentier, Lolita Chammah, Marthe Caufman, Vladimir Consigny, Grégory Gadebois, Francis Leplay, Jacques Boudet, Martine Chevalier, Anne Benoit, Jacques Nolot et Jacques Herlin

Durée : 100 minutes

Année de production : 2011

Attachés de presse : André-Paul Ricci,Tony Arnoux et Rachel Bouillon

Date de sortie : 21 mars 2012

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25/03/2012
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